Pourquoi les prix de la Kawasaki 900 Z1 et de la Honda CB 750 flambent-ils ?

Il y a vingt ans, une Honda CB 750 Four se négociait comme une moto ancienne parmi d'autres. Aujourd'hui, un exemplaire bien conservé dépasse facilement les 15 000 €, et une Kawasaki 900 Z1 d'origine se vend parfois plus de 30 000 €. Ces deux rivales des années 1970 sont devenues des valeurs sûres du marché de la moto de collection. La rédaction fait le point sur les chiffres réels et sur les raisons concrètes de cette hausse.

En bref

  • La Honda CB 750 Four (1969) et la Kawasaki 900 Z1 (1972) occupent les deux premières places du classement des motos de 500 à 900 cm³ les plus recherchées, selon le baromètre Classic Expert.
  • Les annonces de CB 750 Four vont de 7 000 € pour un modèle à restaurer jusqu'à plus de 21 000 € pour une version restaurée avec soin.
  • Les Kawasaki 900 Z1 se négocient entre 8 300 € et plus de 30 000 € selon l'état et l'origine des pièces.
  • La hausse s'explique par trois facteurs : leur statut historique de pionnières, un marché de la moto de collection en expansion depuis les années 2000, et la rareté croissante des pièces et des exemplaires non restaurés.
  • Un historique documenté (propriétaire connu, palmarès sportif) peut faire grimper le prix d'adjudication bien au-delà de l'estimation de départ.
  • Avant d'acheter à ce niveau de prix, le contrôle du numéro de cadre, de la compression moteur et de la concordance des papiers reste incontournable.

Quelles sont les cotes actuelles de la Kawasaki 900 Z1 et de la Honda CB 750 ?

Les prix affichés sur les plateformes spécialisées varient fortement selon l'année, l'état et l'origine des pièces. Voici ce que montrent les annonces récentes.

Modèle Fourchette observée Exemple concret
Honda CB 750 Four (K2, 1973-1974) 16 950 € à 18 950 € Modèle restauré, carnet complet
Honda CB 750 Four (base, à restaurer) dès 7 000 € Modèle 1972, état d'usage
Honda CB 750 Four restaurée (1973) 21 697 € Restauration complète documentée
Kawasaki 900 Z1 (1974-1975) 8 300 € à 14 900 € Mécanique révisée, kilométrage d'origine
Kawasaki 900 Z1 (1972-1973, haut de gamme) jusqu'à 39 500 € Exemplaire restauré, historique suivi

Deux précisions s'imposent. D'abord, ces montants sont des prix demandés, pas des prix de vente réalisés : l'adjudication finale dépend toujours de la négociation. Ensuite, le site américain Hagerty évalue une Kawasaki Z1 de 1973 en bon état autour de 16 300 à 17 200 dollars, un ordre de grandeur cohérent avec le marché européen une fois converti.

À l'extrême haut du marché, les pièces rares changent d'échelle. Les tout premiers exemplaires de CB 750, produits en 1969 et surnommés Sandcast en raison de leur carter moulé au sable, ne comptent qu'environ 7 414 unités. Un prototype de pré-série datant de 1968 a été adjugé 88 900 livres sterling en 2014, et un autre exemplaire a atteint près de 150 000 dollars sur eBay la même année. À l'opposé, une CB 750 Custom de 1983 ayant appartenu à Coluche n'était estimée qu'entre 1 000 et 2 000 €. Elle a finalement été adjugée 6 000 € à Fontainebleau, preuve que l'histoire d'une moto pèse autant que sa fiche technique.

Pourquoi leur cote grimpe-t-elle depuis plusieurs années ?

Trois dynamiques se cumulent pour expliquer cette hausse : le statut historique des deux modèles, la croissance générale du marché de la moto de collection, et la rareté progressive des pièces d'origine.

Une rivalité historique qui a forgé leur statut de pionnières

La Honda CB 750 Four a été présentée au Salon de Tokyo en 1969. Elle est la première moto de série équipée d'un moteur quatre cylindres en ligne, un choix qui a donné naissance au terme superbike. Kawasaki, qui préparait déjà une 750 quatre temps, a dû revoir sa copie face à cette avance technique.

Le constructeur d'Akashi a répondu en 1972 avec la 900 Z1. Pour dépasser la Honda, Kawasaki a misé sur une cylindrée plus large, 903 cm³ contre 736 cm³, et sur une architecture plus sophistiquée : double arbre à cames en tête (DOHC) contre un simple arbre sur la CB 750, et un vilebrequin monté sur roulements à rouleaux plutôt que sur paliers lisses. Résultat, la Z1 revendiquait 82 chevaux à 8 500 tr/min, contre 69 ch déclarés pour la Honda, avec un couple de 73,5 Nm à 7 000 tr/min.

Cette rivalité directe, documentée et chiffrée, est ce qui ancre aujourd'hui les deux motos comme des jalons de l'histoire moto plutôt que de simples anciennes japonaises. C'est un argument que les acheteurs de collection valorisent autant que l'état mécanique.

Un marché de la moto de collection en expansion depuis les années 2000

Le marché des véhicules anciens progresse de façon continue depuis le début des années 2000. Une moto youngtimer, c'est-à-dire postérieure aux années 1970, se négocie en moyenne entre 2 000 et 8 000 €, un segment où la CB 750 et la Z1 trouvent naturellement leur place.

Le baromètre Classic Expert, publié chaque année depuis dix ans, confirme ce mouvement. Dans la catégorie des motos de 500 à 900 cm³, la Honda CB 750 Four arrive en tête des modèles les plus recherchés, suivie directement par la Kawasaki 900 Z1. Viennent ensuite la Triumph Bonneville, les Kawasaki 500 H1 et 750 H2, puis la Norton Commando.

Catégorie Top 5 des modèles les plus recherchés
500 à 900 cm³ Honda CB 750 Four, Kawasaki 900 Z1, Triumph Bonneville, Kawasaki 500 H1/750 H2, Norton Commando
Plus de 900 cm³ Honda CBX 1000, Harley-Davidson Softail Heritage, Honda Gold Wing, Kawasaki Z 1300, BMW R 100 RS/RT
Cyclomoteurs Mobylette bleue, Vélosolex, Motobécane 51 (MBK 51), Peugeot 103, Honda Monkey 1ère génération

Ce classement montre que la demande ne porte pas uniquement sur l'esthétique seventies. Elle récompense des motos qui ont marqué une rupture technique, ce qui est exactement le cas de la CB 750 et de la Z1.

La rareté des pièces et des exemplaires d'origine

La production de ces deux modèles s'est comptée en dizaines de milliers d'exemplaires, un volume important pour l'époque. Mais le nombre de motos encore en état d'origine, avec des pièces non remplacées par des copies, diminue chaque année.

Les pièces japonaises posent une difficulté particulière : certaines références sont devenues rares, alors qu'à l'inverse les pièces de motos américaines restent abondantes mais de qualité variable. Un exemplaire qui conserve ses pièces d'origine, avec un historique d'entretien suivi, se négocie nettement au-dessus d'une moto équivalente ayant subi plusieurs remplacements de composants non certifiés.

Cette rareté explique l'écart de prix observé entre une Z1 de 1974 à 8 300 € et un exemplaire de 1972 à 39 500 €. La différence ne tient pas seulement à l'année de fabrication : elle tient à la conformité des pièces, au kilométrage réel et à la qualité documentée de la restauration.

L'effet d'un propriétaire connu ou d'un palmarès sportif

Au-delà de l'état mécanique, l'histoire personnelle d'une moto pèse sur son prix final. Une machine ayant appartenu à un pilote de course, ou ayant un palmarès sportif vérifiable, dépasse régulièrement son estimation de départ. L'exemple de la CB 750 de Coluche, adjugée trois fois son estimation, illustre cette prime émotionnelle qui s'ajoute à la valeur technique pure.

Comment ces deux motos se classent-elles face au reste du marché ancien ?

Comparées aux autres segments du marché de la moto ancienne, la CB 750 et la Z1 occupent une position intermédiaire. Elles coûtent nettement moins qu'une moto d'avant-guerre comme une Brough Superior ou une Henderson Four de 1912, dont certains exemplaires atteignent plusieurs centaines de milliers d'euros. Elles restent en revanche plus chères que les cyclomoteurs populaires (Vélosolex, Motobécane 51), accessibles pour quelques centaines à quelques milliers d'euros.

Cette position intermédiaire en fait des motos recherchées à la fois par les collectionneurs expérimentés et par les amateurs qui achètent leur première moto de collection. Elles demandent un budget conséquent, mais restent accessibles sans atteindre les sommets réservés aux pièces de musée.

Quels points vérifier avant d'acheter une Z1 ou une CB 750 à ce prix ?

À ce niveau de budget, une vérification bâclée coûte cher. Avant de signer, contrôlez systématiquement les points suivants.

  • Le cadre : recherchez les fissures et les traces de réparation, en particulier autour des points d'ancrage moteur.
  • La compression moteur : un test de compression sur les quatre cylindres révèle l'état des segments et des soupapes avant tout achat.
  • L'électricité : vérifiez la batterie, le faisceau et les contacts, points faibles classiques sur des machines de plus de 50 ans.
  • Les freins : contrôlez le disque avant et le tambour arrière, et assurez-vous que le système n'a pas été modifié sans cohérence avec l'origine.
  • Le carnet d'entretien : son absence ne disqualifie pas la moto, mais elle réduit nettement l'argument de négociation.
  • La concordance des numéros : le numéro de cadre et de moteur doit correspondre à celui inscrit sur la carte grise, en particulier pour une future carte grise de collection FFVE.

Pour un achat supérieur à 15 000 €, faire appel à un expert indépendant avant la signature reste le réflexe le plus rentable, même s'il ajoute un coût immédiat.

Faut-il acheter aujourd'hui en pensant à la plus-value ?

L'achat d'une moto de collection reste d'abord un choix de passion. La majorité des acheteurs de CB 750 ou de Z1 sont des motards capables d'entretenir eux-mêmes leur machine, pas des investisseurs purs. Une minorité seulement achète en visant la seule revente.

Cela dit, la tendance de fond reste favorable. La cote d'un modèle recherché peut doubler en une décennie, et les deux motos analysées ici occupent une position stable dans les classements depuis plusieurs années. Comptez un budget de départ entre 8 000 et 15 000 € pour un exemplaire correct et roulant, et prévoyez une marge supplémentaire pour l'entretien courant, les pièces et l'assurance collection. La plus-value suit, mais elle récompense surtout les propriétaires patients qui entretiennent leur machine dans la durée.

Image : meriden.triumph, CC BY 2.0 (recadrée), via Wikimedia Commons