La Triumph Bonneville T140 porte le poids d'un nom culte. Mais derrière la légende, cette anglaise de 744 cm³ a ses propres défauts et ses propres qualités, souvent mal connus de ceux qui l'approchent pour la première fois. Avant d'en acheter une ou de remettre la vôtre en route, voici ce qu'il faut vérifier, savoir et chiffrer.
En bref
- La T140 est produite de 1973 à 1983 à Meriden, puis sous licence par Les Harris de 1985 à 1988.
- Son moteur bicylindre de 744 cm³ développe 49 ch à 6 500 tr/min, pour un poids à sec de 179 kg.
- Une douzaine de versions se succèdent : T140V, Silver Jubilee, Special, Electro, Royal Wedding, TSS, TSX, Executive, sans oublier la TR7 Tiger monocarburateur.
- Ses défauts connus sont les vibrations, les fuites d'huile et une boîte de vitesses sensible sur les premiers exemplaires de 1974.
- Comptez entre 5 000 et 8 000 £ pour une moto prête à rouler (repères 2017), et davantage pour un exemplaire rare ou très peu roulé.
- Le contrôle avant achat porte surtout sur le joint de culasse, le retour d'huile au réservoir et le jeu aux soupapes.
Qu'est-ce que la Triumph Bonneville T140 ?
La Triumph Bonneville T140 est une moto de route britannique à moteur bicylindre, fabriquée à Meriden, près de Coventry. Elle succède à la T120 de 650 cm³ et reprend son nom des records de vitesse établis par Johnny Allen sur les Bonneville Salt Flats, dans l'Utah, dans les années 1950.
Sa cylindrée passe à 744 cm³ fin 1973. La désignation « T140 » suit une numérotation imaginée par Edward Turner, censée indiquer la vitesse de pointe de la machine en miles par heure. Dans les faits, la T140 vise surtout l'autoroute et la route ouverte, pas la piste.
Elle reste en production jusqu'à la fermeture de l'usine de Meriden, en 1983. John Bloor, qui rachète la marque, confie ensuite sa fabrication sous licence à Les Harris, à Newton Abbot, dans le Devon, de 1985 à 1988. Environ 1 300 exemplaires sortent de cette usine, souvent équipés de pièces italiennes et allemandes.
Fiche technique de la Triumph Bonneville T140
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Production | 1973 à 1983 (Meriden), puis 1985 à 1988 (Les Harris, Devon) |
| Moteur | Bicylindre parallèle 4 temps, refroidi par air, 744 cm³ (76 x 82 mm) |
| Puissance | 49 ch (37 kW) à 6 500 tr/min |
| Taux de compression | 7,9:1 |
| Alimentation | Deux carburateurs Amal |
| Allumage | Rupteurs, puis allumage électronique Lucas à partir de 1979 |
| Démarrage | Au kick, démarreur électrique sur la T140ES à partir de 1980 |
| Boîte de vitesses | 5 rapports, transmission finale par chaîne |
| Freinage | Disque avant dès 1973, disque arrière Lockheed à partir de 1976 |
| Poids à sec | 179 kg |
| Empattement | 1 400 mm |
| Hauteur de selle | 790 mm |
| Réservoir | Environ 18 litres sur les versions britanniques ; 10,5 litres sur la T140 TSX |
Ces chiffres correspondent aux versions courantes de la gamme. Certaines éditions, comme la T140 TSX ou la Les Harris Bonneville, s'en écartent sur le poids ou la capacité du réservoir : vérifiez toujours la fiche du modèle exact avant de comparer deux motos.
Quelles sont les versions de la Triumph Bonneville T140 ?
Entre 1973 et 1988, la gamme T140 se décline en une douzaine de versions. Chacune répond à une contrainte précise : normes antipollution américaines, mode custom, édition commémorative ou recherche de fiabilité.
| Version | Année | Particularité |
|---|---|---|
| T140V | 1973 | Première version, cylindrée portée à 744 cm³ |
| T140J Silver Jubilee | 1977 | Édition limitée pour le jubilé d'argent de la reine, livrée rouge et argent |
| T140E | 1978 | Carburation adaptée aux normes antipollution américaines |
| T140D Special | 1979 | Style inspiré de la Yamaha XS 650, garde-boue réduit |
| T140ES Electro | 1980 | Démarreur électrique de série |
| T140AV | 1981 | Version antivibrations, utilisée par certaines polices britanniques |
| T140LE Royal Wedding | 1981 | 250 exemplaires produits pour le mariage royal de Charles et Diana |
| T140EX Executive | 1981 | Carénage avant et valises, orientée voyage |
| T140W TSS | 1982 | Culasse à 8 soupapes, performances accrues mais fiabilité fragile |
| T140 TSX | 1982-1983 | Version custom américaine, roue arrière de 16 pouces, châssis abaissé |
| TR7 Tiger | 1973-1981 | Monocarburateur, usage plus souple et plus économique |
| TR65 Thunderbird | 1981-1983 | Version 650 cm³, moins de 500 exemplaires produits |
| Les Harris Bonneville | 1985-1988 | Production sous licence à Newton Abbot, environ 1 300 motos |
La T140 TSX mérite une mention à part : conçue par l'Américain Wayne Moulton avec un budget de seulement 3 000 livres, elle visait le marché custom des États-Unis. Seules 140 unités environ ont été exportées, faute de moyens de production suffisants à Meriden avant la fermeture de l'usine en août 1983.
Quels sont les défauts connus de la Triumph Bonneville T140 ?
Avant de parler de ses qualités, mieux vaut connaître ce qui pose problème sur une T140. Ce sont les défauts qui déterminent le budget d'entretien réel, pas la fiche technique.
- Vibrations : le bicylindre vibre nettement au-delà de 5 000 tr/min. C'est le principal reproche fait à la moto depuis sa sortie.
- Fuites d'huile : fréquentes sur le carter sec, elles touchent surtout le joint de culasse et les raccords de canalisation d'huile.
- Consommation d'huile : certains propriétaires rapportent une perte d'environ un demi-litre tous les 320 km sur un moteur fatigué.
- Qualité de fabrication irrégulière en 1974 : les premiers exemplaires de la nouvelle cylindrée 744 cm³ ont souffert de défauts de montage.
- Boîte de vitesses fragile sur les débuts : les problèmes de sélection ont conduit Triumph à revoir la mécanique interne de la boîte dès le milieu des années 1970.
- Allumage à rupteurs fastidieux : son réglage demande un passage régulier, d'où l'intérêt de l'allumage électronique proposé à partir de 1979.
- Culasse 8 soupapes de la T140W TSS à éviter : elle est connue pour des culasses poreuses sur les premiers exemplaires, un point à vérifier impérativement avant d'acheter cette version précise.
Ces défauts n'empêchent pas la moto de rouler au quotidien. Ils expliquent simplement pourquoi un contrôle sérieux avant achat reste indispensable, version après version.
Quelles sont ses qualités sur la route ?
Une fois ces points connus, la T140 garde de vrais atouts pour qui cherche une classique anglaise à rouler plutôt qu'à exposer.
- Moteur souple avec davantage de couple que la T120 650 cm³ qui l'a précédée.
- Tenue de route prévisible, avec une maniabilité jugée saine en virage pour une moto de cette époque.
- Vitesse de croisière confortable : elle tient 60 mph (environ 95 km/h) sans effort, et 80 mph (environ 130 km/h) de façon raisonnable.
- Large choix de pièces et de spécialistes, ce qui facilite l'entretien par rapport à des classiques plus rares.
- Possibilités de modernisation nombreuses : allumage électronique, filtre à huile en papier, échappements, freins et suspensions améliorés.
Une T140 bien réglée, avec un allumage électronique et un entretien suivi, se conduit sans surprise sur une route de campagne ou un trajet quotidien raisonnable.
Combien coûte une Triumph Bonneville T140 d'occasion ?
Les prix varient selon l'état, la version et le canal de vente. Les repères suivants datent de 2017, mais la hiérarchie entre les catégories reste pertinente pour situer une annonce actuelle.
| Type de vendeur | Fourchette observée (2017) | Remarque |
|---|---|---|
| Vendeur particulier | à partir d'environ 5 000 £ | Moto prête à rouler, bien entretenue |
| Concessionnaire spécialisé | 6 000 à 8 000 £ | Machines impeccables, révisées |
| Exemplaire rare ou très faible kilométrage | plus de 10 000 £ | Exemple : Silver Jubilee à 12 miles vendue 12 000 £ |
| Modèle « breadbin » à restaurer | prix variable, souvent plus bas | Trouvable dans les petites annonces, projet à chiffrer |
Quelques ventes documentées donnent une idée de l'écart possible : une T140 de 1979, stockée puis remise en route, s'est vendue 1 725 £ chez Bonhams. À l'inverse, une T140 revendue comme « Tiger » avec fuites d'huile et soucis électriques n'a trouvé preneur qu'à 3 750 £. Entre les deux, l'état réel de la moto pèse plus lourd que l'année ou la version.
Comment bien contrôler une Triumph Bonneville T140 avant de l'acheter ?
Un contrôle sérieux se fait avant de parler du prix, pas après. Voici les points qui font la différence sur une T140.
- Vérifiez le numéro de cadre et sa correspondance avec les papiers avant toute négociation.
- Inspectez le joint de culasse : une fuite d'huile à cet endroit est l'un des points faibles connus du moteur.
- Contrôlez le retour d'huile au réservoir après un démarrage à froid, pour écarter un problème de pompe à huile.
- Testez chaque rapport de boîte à l'arrêt puis en roulant : les premières boîtes de 1974-1975 sont sensibles aux sauts de vitesse.
- Regardez l'état des carburateurs Amal : des cuves encrassées ou un flotteur usé provoquent un ralenti irrégulier.
- Si c'est une T140W TSS, demandez une preuve de contrôle récent de la culasse 8 soupapes, connue pour sa porosité sur les premiers exemplaires.
- Vérifiez la présence d'un allumage électronique ou son absence : cela change directement la facilité d'utilisation au quotidien.
Comment entretenir une Triumph Bonneville T140 au quotidien ?
L'entretien d'une T140 n'a rien d'exceptionnel, mais il demande de la régularité à cause des vibrations du moteur, qui desserrent progressivement les fixations.
- Vérifiez le niveau d'huile avant chaque démarrage et assurez-vous qu'elle revient correctement dans le réservoir.
- Dégagez l'embrayage après une longue période d'immobilisation, pour éviter qu'il ne colle.
- Nettoyez soigneusement le filtre à huile lors de chaque remplacement, car un filtre encrassé accélère l'usure du moteur.
- Contrôlez le jeu aux soupapes et les fixations après chaque sortie : les vibrations desserrent vis et écrous plus vite que sur une mécanique moderne.
- Prévoyez une trousse d'outils en clés AF, la norme britannique utilisée sur l'ensemble de la moto.
- Utilisez une huile 20W-50 pour le moteur et une EP 90 pour la boîte de vitesses, les références les plus citées par les spécialistes de la mécanique anglaise.
- Traitez toute fuite d'huile dès son apparition : laissée de côté, elle s'aggrave vite sur ce type de moteur à carter sec.
À qui s'adresse la Triumph Bonneville T140 aujourd'hui ?
La T140 convient à un motard déjà à l'aise avec une mécanique classique, prêt à accepter un entretien régulier en échange d'une moto facile à faire réparer. Les pièces restent abondantes, les spécialistes nombreux, et chaque version a ses particularités à connaître avant l'achat.
Pour un premier contact avec la mécanique anglaise, privilégiez une T140E ou une T140ES avec allumage électronique et démarreur électrique : elles demandent moins d'adaptation qu'une T140V d'origine. Réservez la T140W TSS à un acheteur qui a déjà fait contrôler sa culasse par un spécialiste.
Image : Methem, Public domain (recadrée), via Wikimedia Commons
