Norton Commando 850 : fiche technique, histoire et budget à prévoir

Vous regardez une annonce de Norton Commando 850 et vous hésitez. Ce bicylindre anglais a une réputation à la fois enviée et redoutée : du caractère, un châssis réputé sain, mais aussi des points de vigilance bien identifiés. Voici ce que vaut vraiment cette moto, ce qui change entre un Mk1, un Mk2 et un Mk3, et ce qu'il faut vérifier avant de signer un chèque.

En bref

  • La 850 remplace la 750 en avril 1973 avec un moteur porté à 828 cm³ (alésage 77 x 89 mm) et 60 ch.
  • Trois séries se succèdent : Mk1 (1973), Mk2 (1974) et Mk3 (1975), chacune avec des évolutions précises à repérer.
  • Le point faible mécanique le plus cité reste le réglage de la chaîne de distribution, suivi des fuites d'huile et de l'usure des silentblocs Isolastic.
  • Comptez entre 2 000 et 5 000 € pour un exemplaire à restaurer, entre 11 000 et 16 000 € pour une moto roulante en bon état, et au-delà de 20 000 € pour une restauration complète documentée.
  • La production s'arrête en octobre 1977 avec la faillite de Norton Villiers Triumph.

La fiche technique de la Norton Commando 850

La 850 reprend l'architecture de la 750 Atlas, mais avec un alésage porté à 77 mm pour gagner en souplesse et en fiabilité. Le moteur garde son carter sec et son refroidissement par air, deux détails qui comptent pour l'entretien au quotidien.

Caractéristique Valeur
Moteur Bicylindre parallèle 4 temps, culbuté, refroidi par air
Cylindrée 828 cm³ (alésage 77 x 89 mm)
Compression 8,5:1
Puissance 60 ch vers 6 000-6 200 tr/min selon les sources
Couple 6,6 mkg à 5 000 tr/min
Alimentation 2 carburateurs Amal 932
Allumage Vis platinées, puis CDI Boyer Brandsen en accessoire
Boîte 4 rapports, transmission primaire par chaîne triplex
Frein avant 1 disque de 272 mm, étrier Lockheed 2 pistons
Frein arrière Tambour (Mk1 et Mk2), disque sur le Mk3
Poids De 174 kg à sec (Roadster) à 202 kg en ordre de marche selon la version
Réservoir 11 L sur le Roadster, 19 à 24 L sur l'Interstate selon le millésime

Les chiffres de puissance et de poids varient d'une source à l'autre, parfois même d'une fiche constructeur à l'autre. Avant d'acheter, demandez toujours les valeurs mesurées sur votre exemplaire plutôt que les moyennes publiées.

Histoire de la Norton Commando 850 : de la 750 Combat à la Mk3

La Commando naît en 1967 avec un moteur de 750 cm³, hérité de l'Atlas. Son innovation majeure tient dans son châssis : l'ingénieur Stefan Bauer conçoit un système de silentblocs appelé Isolastic, qui isole le bloc moteur, la boîte et le bras oscillant du reste du cadre. Résultat : moins de vibrations transmises au pilote, un argument de vente fort face aux bicylindres japonais plus lisses mécaniquement.

1973 : la 850 remplace la 750

Le moteur 750 souffrait de soucis de paliers de vilebrequin et de joints de culasse, accentués par la version « Combat » de 1972, plus puissante mais moins fiable. Norton répond en avril 1973 en portant la cylindrée à 828 cm³. La puissance reste proche de celle de la 750, mais la mécanique gagne en souplesse et en endurance.

Mk1, Mk2 et Mk3 : ce qui change à chaque millésime

  • Mk1 (mars 1973) : disponible en Roadster, Interstate et Hi Rider. Frein avant à disque et clignotants de série. Une version Mk1A répond aux normes sonores européennes avec un échappement plus silencieux.
  • Mk2 (1974) : retour des cylindres peints en argent, réservoir de l'Interstate réduit. Une déclinaison Mk2A existe pour le marché européen.
  • Mk3 (mars 1975) : démarreur électrique combiné à l'alternateur, bac à batterie agrandi, sélecteur de vitesses à gauche, frein arrière à disque. La gamme se limite alors au Roadster et à l'Interstate.

La fin de la production en 1977

Norton Villiers Triumph rencontre des difficultés financières croissantes à partir de 1975. La production de la Commando 850 s'arrête en octobre 1977, faute de repreneur capable de financer une nouvelle génération de moteur.

Roadster ou Interstate : quelle version choisir ?

Les deux carrosseries partagent le même bloc moteur, mais pas le même usage.

Critère Roadster Interstate
Vocation Usage urbain et sportif Longue distance
Réservoir 11 L environ 19 à 24 L selon le millésime
Poids Plus légère Plus lourde, autonomie accrue
Disponibilité Version la plus produite Essentiel de la production en fin de série

Pour une utilisation régulière autour de Paris, le Roadster reste le choix le plus répandu et le plus simple à entretenir, avec une offre de pièces plus large. L'Interstate séduit pour les sorties longues, à condition d'accepter un gabarit plus imposant.

Les défauts connus de la Norton Commando 850

Avant d'acheter, vérifiez ces points en priorité :

  • Réglage de la chaîne de distribution : souvent négligé à l'entretien, un mauvais réglage dérègle le calage d'allumage et use prématurément la distribution.
  • Fuites d'huile : classiques sur un carter sec de cette génération. Le Mk3 ajoute une soupape anti-drain pour limiter le problème, sans l'éliminer totalement.
  • Usure des silentblocs Isolastic : un jeu excessif se traduit par un flou à la conduite et des vibrations qui remontent dans le guidon. Un contrôle et un réglage réguliers sont indispensables.
  • Démarreur électrique du Mk3 : peu puissant à froid, il vide vite la batterie s'il peine à lancer le moteur. Gardez toujours le kick en secours.
  • Système électrique Lucas : masses et connexions à vérifier systématiquement, un point classique sur toutes les anglaises de cette époque.
  • Poids et gabarit : le Mk3, plus lourd que les premières séries, perd en agrément dynamique. Ce n'est pas une moto pour un débutant.

Combien coûte une Norton Commando 850 ?

Les prix observés sur le marché français et européen varient fortement selon l'état et la provenance.

État de la moto Fourchette de prix
Base à restaurer 1 500 à 3 500 €
Roulante, état correct 11 000 à 16 000 €
Restauration complète documentée 20 000 à 25 000 €
Exemplaire de collection, faible kilométrage Au-delà de 25 000 €, jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros sur le marché britannique

Ces chiffres viennent d'annonces et de ventes aux enchères constatées, pas d'une cote officielle type Argus. Datez toujours un prix : le marché de la Commando 850 bouge avec l'offre disponible, et un Mk3 complet avec ses papiers d'origine se négocie plus cher qu'une base dépareillée.

Acheter une Norton Commando 850 : les points de contrôle

Avant de parler prix avec le vendeur, passez par cette liste :

  • Numéros de cadre et de moteur concordants. Un numéro qui ne correspond pas à la fiche FFVE ou à la carte grise de collection fait chuter la valeur.
  • Identification du millésime. Le bac à batterie agrandi et le démarreur combiné signalent un Mk3. Un Mk1 ou Mk2 n'a ni l'un ni l'autre.
  • État des silentblocs Isolastic. Demandez la date du dernier réglage du jeu, et testez le flou à l'avant comme à l'arrière.
  • Trace d'huile sous le moteur. Une légère suintement est fréquent, une flaque au sol ne l'est pas.
  • Carte grise de collection. Vérifiez qu'elle est bien établie si la moto a plus de 30 ans, condition pour circuler avec les avantages fiscaux et d'assurance liés à ce statut.
  • Historique d'entretien. Factures, carnet, pièces remplacées : sur une mécanique de plus de 50 ans, la documentation vaut autant que l'état visuel.

Entretien courant : ce qu'il faut surveiller

Au quotidien, trois points demandent une attention régulière sur une Commando 850 :

  • Les carburateurs Amal 932 réclament un réglage précis du ralenti et de la richesse, sensible aux variations de température.
  • Le jeu aux soupapes doit être contrôlé selon les préconisations d'époque, faute de quoi la distribution culbutée s'use prématurément.
  • Le niveau d'huile du carter sec mérite une vérification avant chaque sortie, le circuit séparé du moteur rendant une fuite moins visible que sur un carter humide classique.

Une Commando bien réglée tourne rond et démarre sans caprice, même au kick. C'est justement l'entretien régulier de ces trois points qui fait la différence entre une moto agréable à rouler et une mécanique capricieuse.

Image : Artaxerxes, CC BY 4.0 (recadrée), via Wikimedia Commons