Honda CB 400 Four : fiche complète d’un classique japonais des années 1970

La Honda CB 400 Four occupe une place à part dans la gamme quatre-cylindres de Honda. Présentée au Salon de Cologne en octobre 1974 pour le millésime 1975, elle vise un public que la CB 500 et la CB 750 ne touchaient pas : des motards qui veulent un quatre-cylindres compact, maniable et abordable. La Rédaction détaille son histoire, sa fiche technique, ses défauts connus et ce que vaut une CB 400 Four aujourd'hui.

En bref

  • La CB 400 Four succède à la CB 350 Four de 1972, avec un alésage porté à 51 mm et une boîte à six rapports, une première chez Honda.
  • Le moteur développe environ 37 ch à 8 500 tr/min, pour une cylindrée de 398 à 408 cm³ selon le marché et le millésime.
  • Trois versions se sont succédé entre 1975 et 1978 : F, F1 et F2.
  • Le poids tourne autour de 178 kg, un chiffre qui pénalise l'agrément par rapport aux deux-temps concurrents.
  • En 2026, une CB 400 Four se négocie en France entre 4 000 et 7 000 € selon l'état et l'originalité.
  • La moto qualifie pour la carte grise de collection, puisqu'elle a plus de 30 ans.

Histoire de la Honda CB 400 Four

Honda lance sa première quatre-cylindres de série, la CB 750, en 1969. Suivent la CB 500 Four en 1971 puis la CB 350 Four en 1972. Cette dernière souffre d'un défaut connu : un moteur jugé un peu juste pour le gabarit de la moto, et une position de conduite peu confortable à vitesse soutenue. Honda reprend le bloc de la CB 350 Four, augmente l'alésage à 51 mm et modifie la culasse pour relever le taux de compression. Le résultat, la CB 400 Four, sort en fin d'année 1974 et devient le premier modèle Honda équipé d'une boîte à six rapports.

Le style tranche aussi avec celui de la CB 750 : guidon bas, repose-pieds reculés, ligne café racer et surtout un échappement 4-en-1, une configuration inédite chez Honda à l'époque. En Europe, l'accueil est bon. La presse britannique salue les lignes épurées et la tenue de route. Aux États-Unis, c'est une autre histoire : les motards sportifs lui préfèrent les deux-temps de Kawasaki et Yamaha, plus véloces, et le public grand public se tourne vers les bicylindres. Honda relève le guidon et avance les repose-pieds pour tenter de corriger le tir, sans renverser la tendance. Le tarif, 15 à 20 % plus élevé que la concurrence directe, n'aide pas non plus.

La production s'arrête en 1977 pour le marché américain, 1978 pour le Royaume-Uni. Honda remplace la CB 400 Four par la bicylindre CB 400T, avant de revenir à une quatre-cylindres de cette cylindrée avec la CBR 400 NC17 en 1983. Entre-temps, environ 105 000 exemplaires de la CB 400 Four ont trouvé un acheteur.

Fiche technique de la Honda CB 400 Four

Les chiffres varient légèrement d'une source à l'autre selon le millésime et le marché. Voici les valeurs les plus citées pour la version standard F2.

Caractéristique Valeur
Moteur 4 cylindres en ligne, refroidissement par air, simple arbre à cames en tête entraîné par chaîne
Cylindrée 408 cm³ (1976-1978), 405 cm³ sur le millésime 1975, 398 cm³ sur les versions France et Japon
Alimentation 4 carburateurs Keihin de 20 mm
Puissance environ 37 ch à 8 500 tr/min
Couple environ 32 à 33 Nm entre 7 500 et 8 000 tr/min
Boîte de vitesses 6 rapports, transmission par chaîne
Poids à sec 170 à 184 kg selon la source
Vitesse maximale 158 à 167 km/h selon le relevé
Freinage disque de 260 mm à l'avant, tambour de 160 mm à l'arrière
Pneus 3.00 S-18 à l'avant, 3.50 S-18 à l'arrière

La version 398 cm³ réservée à la France et au Japon s'explique par une course de piston réduite. Elle permettait de rester sous certains seuils fiscaux et de puissance en vigueur à l'époque sur ces deux marchés. Si vous cherchez une CB 400 Four immatriculée en France dans les années 1970, c'est très probablement cette version que vous trouverez.

Les trois versions F, F1 et F2

Version Années Marché principal Particularité
F 1975 Lancement mondial, dont France et Japon en 398 cm³ Version d'origine, boîte 6 rapports
F1 1976-1977 Amérique du Nord Guidon relevé, repose-pieds avancés pour le marché US
F2 1977-1978 Amérique du Nord (1977), Royaume-Uni (1978) Réservoir légèrement modifié

Un point mécanique à surveiller sur les exemplaires de production tardive : à partir du numéro moteur 1084315, Honda a rallongé les goujons de culasse pour corriger des fuites d'huile constatées sur les premières séries. Vérifiez ce numéro avant d'acheter, surtout sur une moto qui n'a pas eu ce correctif.

Points faibles connus et comportement sur la route

Avant de parler agrément, mieux vaut nommer ce qui pose problème sur cette moto, quarante ans après sa sortie d'usine.

  • Le poids. Autour de 178 kg à sec, la CB 400 Four est plus lourde que les 400 cm³ deux-temps de la même époque. Cela se ressent en ville, surtout à l'arrêt.
  • Le couple. Le moteur manque de reprise sous 6 000 tr/min. Il faut monter dans les tours pour retrouver du répondant, ce qui n'est pas le point fort d'une moto de 1975.
  • Les fuites d'huile. Un défaut documenté sur les premiers blocs, avant le renfort des goujons de culasse à partir du numéro moteur 1084315.
  • La corrosion de l'échappement 4-en-1. Cette pièce est devenue rare et coûteuse à remplacer à l'identique. Un échappement après-marché reste toléré par les acheteurs, à condition que ce soit mentionné dans l'annonce.
  • Le réglage des quatre carburateurs Keihin. Un ralenti qui oscille d'un cylindre à l'autre vient presque toujours d'une synchronisation à refaire, pas d'un problème plus grave.

En contrepartie, le quatre-cylindres tourne avec une douceur qui tranche avec les bicylindres anglais de la même décennie. La boîte à six rapports, une nouveauté à l'époque, rend la moto agréable sur route sinueuse. Le capot qui protège le disque de frein arrière de la saleté et de l'eau, ainsi que l'implantation du filtre à huile dans les coudes de l'échappement pour faciliter son remplacement, témoignent d'un soin de conception qui se retrouve rarement sur une moto de ce segment à cette période.

Course et préparation

La CB 400 Four n'est pas restée cantonnée à la route. Kaz Yoshima, ancien ingénieur du département recherche et développement de Honda, a construit des versions de course poussées jusqu'à 492 cm³, avec une puissance estimée autour de 60 ch. Le pilote britannique Ron Haslam a remporté le championnat de Formule 3 en 1980 sur une machine préparée par le concessionnaire Nettleton Motorcycles, avant de prendre la troisième place en catégorie F3 au Tourist Trophy de l'île de Man la même saison.

Cote et achat d'une Honda CB 400 Four aujourd'hui

Les prix observés sur les plateformes spécialisées européennes, en 2026, vont d'environ 3 800 € pour un exemplaire à restaurer jusqu'à 7 900 € pour une moto d'origine en bon état. Une vente aux enchères britannique de 2024 a adjugé un exemplaire de 1976 à 3 105 £, soit environ 3 600 €, pour une moto décrite comme typique de la production du milieu des années 1970, sans réserve de prix. En France, comptez entre 4 000 et 7 000 € selon l'état des chromes, l'originalité et la documentation disponible.

Avant de signer, contrôlez ces points :

  • Le numéro de cadre et le numéro moteur, à comparer avec la carte grise et, si possible, avec le correctif des goujons de culasse mentionné plus haut.
  • L'origine de l'échappement 4-en-1. Une pièce d'origine en bon état augmente nettement la valeur.
  • L'état des carburateurs Keihin, souvent encrassés ou mal synchronisés après une longue immobilisation.
  • La présence de rouille sous le réservoir et autour du cadre, fréquente sur les motos qui ont pris la pluie sans entretien régulier.
  • L'historique d'entretien et les factures, qui pèsent autant que le kilométrage dans la négociation.

La CB 400 Four, immatriculée pour la première fois il y a plus de 30 ans, est éligible à la carte grise de collection. Cette démarche simplifie l'assurance et le contrôle technique, mais elle limite l'usage de la moto selon les règles en vigueur au moment de la demande. Vérifiez les conditions actuelles auprès de la Fédération Française des Véhicules d'Époque avant d'entamer les papiers.

Pourquoi la Honda CB 400 Four reste culte

Avec près de 105 000 exemplaires vendus en trois ans de carrière commerciale, la CB 400 Four a marqué les motards qui cherchaient un quatre-cylindres sans le budget ni le gabarit d'une CB 750. Sa cote d'estime n'a cessé de grimper depuis les années 2010. En 2011, la société britannique David Silver Spares a lancé un projet de restauration complète d'une CB 400 Four, documenté dans le magazine Classic Bike en 2012, avec la participation du présentateur automobile James May. En 2024, pour les 50 ans du modèle, la David Silver Honda Collection a organisé à Leiston, dans le Suffolk, une journée portes ouvertes avec remise de prix pour la meilleure moto d'origine, la meilleure restauration et la meilleure customisation. La moto a aussi eu les honneurs du jeu vidéo Tourist Trophy sur PlayStation 2, preuve que son silhouette reste reconnaissable près d'un demi-siècle après son lancement.

Image : Martin Pettitt, CC BY 2.0 (recadrée), via Wikimedia Commons