La Triumph Bonneville T120 existe en deux versions très différentes. La première date de 1959 : un bicylindre de 649 cm³ refroidi par air, produit jusqu'en 1975. La seconde est une 1200 cm³ refroidie par liquide, vendue depuis 2016. Cette fiche traite la T120 d'origine, la seule qui relève de la moto ancienne. La version moderne a sa section plus bas, pour que vous ne confondiez pas les deux à l'achat.
En bref
- La T120 est un bicylindre en ligne de 649 cm³, donné pour 46 ch à 6 500 tr/min, fabriqué de 1959 à 1975.
- Son nom vient des 120 mph (environ 192 km/h) visés à la sortie, et du lac salé de Bonneville, dans l'Utah.
- Trois repères de millésime comptent : 1963 (moteur et boîte réunis en un seul carter), 1971 (cadre qui sert de réservoir d'huile) et 1972 (boîte à 5 rapports).
- Ses défauts connus : freins à tambour justes, vibrations vers 6 500 tr/min, charge électrique faible à l'arrêt.
- Ne la confondez pas avec la T120 de 2016 : 1 200 cm³, 80 ch, refroidie par liquide.
Triumph Bonneville T120 : de quelle moto parle-t-on ?
Triumph a gardé le nom Bonneville pendant plus de soixante ans. Le T120 désigne donc deux machines sans rapport mécanique.
| T120 d'origine | T120 moderne | |
|---|---|---|
| Période | 1959 à 1975 | depuis 2016 |
| Moteur | 649 cm³, air, 2 soupapes par cylindre | 1 200 cm³, liquide |
| Puissance | 46 ch à 6 500 tr/min | 80 ch à 6 550 tr/min |
| Boîte | 4 rapports, puis 5 à partir de 1971-1972 | 6 rapports |
| Freins | tambours | disques de 310 mm à l'avant, ABS |
| Poids | environ 182 kg en ordre de marche | 224 kg annoncés |
L'annonce d'une T120 « à vendre » peut viser l'une ou l'autre. Demandez l'année et la cylindrée avant de poser la moindre question de prix. Une moto de 2016 se juge sur facture, une moto de 1965 se juge sur ses numéros.
Fiche technique de la T120 de 1959
Edward Turner a dessiné cette moto, sa dernière conception de série chez Triumph. Elle reprend la base de la Tiger T110 avec un arbre à cames d'admission plus pointu. Le lancement visait surtout le marché américain, avec le slogan « The Best Motorcycle in the World ».
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | bicylindre parallèle, 4 temps, 360°, culbuté |
| Cylindrée | 649 cm³ (alésage 71 mm, course 82 mm) |
| Taux de compression | 8,5:1 |
| Puissance | 46 ch à 6 500 tr/min |
| Couple | environ 51 Nm à 5 500 tr/min |
| Alimentation | deux carburateurs Amal Monobloc de 1 3/16 pouce |
| Allumage | magnéto Lucas K2F, puis batterie et bobine à partir de 1964 |
| Boîte | 4 rapports, transmission par chaîne |
| Empattement | 1 400 mm |
| Hauteur de selle | 770 mm |
| Vitesse maxi | 174 km/h selon Wikipédia, environ 170 km/h selon un exemplaire de 1961 essayé par Motomag |
Un mot sur le culbuté : les soupapes sont commandées par des tiges et des culbuteurs (des leviers) placés dans la culasse, et non par un arbre à cames en tête.
Millésimes à connaître : 1959, 1963, 1971, 1972
Chaque grande évolution change la façon dont la moto se conduit et se restaure. Voici les jalons.
- 1959 à 1962 : moteur « pre-unit ». Le bloc moteur et la boîte sont deux pièces séparées. Le cadre simple berceau est critiqué pour sa tenue de route à haute vitesse.
- 1963 : construction « unit ». Moteur et boîte partagent un carter commun. Le cadre est plus rigide, avec des renforts à la colonne de direction et au bras oscillant.
- 1964 : allumage par batterie et bobine. La magnéto disparaît. Les pneus passent en 3.25 x 18 à l'avant et 3.50 x 18 à l'arrière.
- 1968 : allumage revu, présenté comme plus fiable que le précédent.
- 1971 : cadre « oil in frame ». L'huile moteur est stockée dans le cadre. La ligne change, et beaucoup d'amateurs la trouvent moins élégante.
- 1972 : boîte à 5 rapports (version T120V).
- 1973 : fin de la production du 650 à Meriden. Quelques machines sortent encore en 1974 (moins de 1 000) et 1975 (38 exemplaires).
Pour un usage régulier, la période 1964 à 1970 donne le meilleur compromis : cadre plus rigide, allumage moderne, pas encore de cadre réservoir.
Points faibles de la Triumph T120
Nommez les défauts avant de parler du prix. La T120 est une moto attachante, mais elle a ses faiblesses.
- Freins à tambour. Ils suffisent pour l'époque. Ils ne rattrapent pas une erreur dans la circulation d'aujourd'hui. Prévoyez des distances d'arrêt longues.
- Vibrations. Elles montent nettement vers 6 500 tr/min. Le testeur de Motomag a vu la fixation du réservoir casser sur sa machine d'essai.
- Charge électrique. Sur l'exemplaire de 1961 essayé, l'ampèremètre indique une décharge à l'arrêt, phare allumé. En ville, la batterie souffre.
- Boîte à 4 rapports. Elle demande un geste précis du pied. Les rapports ne se passent pas à la volée.
- Tenue de route. Les premiers cadres ne sont pas rigides. À environ 130 km/h, les roues sautent sur les bosses.
- Séries tardives. Le cadre « oil in frame » de 1971 et les fins de production à Meriden sont jugés plus inégaux par les amateurs.
Versions et variantes : T120R, TT Special, Thruxton
Le nom T120 recouvre plusieurs séries. Vérifiez laquelle vous avez devant vous.
| Version | Description |
|---|---|
| T120R | version routière destinée à l'export vers les États-Unis |
| T120C | version de compétition tout-terrain pour la côte ouest ou est américaine, selon la variante d'échappement |
| T120 TT Special | 1966-1967, version de course allégée, sans silencieux ni éclairage pour la plus radicale |
| T120R Thruxton | version de course montée à la main, environ 53 ch à 6 800 tr/min, 52 exemplaires en 1964-1965 pour l'homologation, une centaine de plus ensuite |
| T120V | 1972, boîte à 5 rapports |
Les Thruxton sont rares. Une annonce qui en promet une doit être appuyée par des documents d'usine, sinon méfiez-vous.
Ce que la T120 a gagné en course
La réputation de la T120 vient aussi de la piste.
- 1959 : première course, les 500 miles de Thruxton. Deux T120 inscrites par des concessionnaires finissent deuxième et quatrième.
- 1962 : victoire à Thruxton, qui donne naissance à la T120R Thruxton.
- 1967 : John Hartle gagne le TT de l'île de Man en catégorie Production.
- 1969 : Malcolm Uphill boucle le tour de l'île de Man à plus de 100 mph de moyenne. La même année, les T120 prennent les trois premières places à Thruxton.
- Nom de la moto : il honore le pilote Johnny Allen, qui a fait tourner un streamliner à moteur Triumph de 650 cm³ à 193,3 mph sur le lac salé de Bonneville, en 1955.
Acheter une T120 ancienne : les contrôles utiles
Quelques points précis valent mieux qu'un avis général.
- Numéros. Comparez le numéro de cadre et le numéro moteur aux documents. Une T120 « matching numbers » (numéros d'origine concordants) se vend mieux qu'une machine reconstituée.
- Fuites d'huile. Un bicylindre anglais goutte. Une flaque sous le moteur est normale, un filet continu au joint de culasse ne l'est pas.
- Cadre. Cherchez les traces de choc près de la colonne de direction et du bras oscillant.
- Allumage. Sur une machine d'avant 1964, vérifiez que la magnéto K2F est toujours d'origine et fonctionne.
- Papiers. En France, une moto de plus de 30 ans peut obtenir une carte grise de collection. Consultez les textes officiels et la FFVE pour la procédure à jour.
Sur la cote, nous ne donnons aucun chiffre sans source datée. Les prix varient fortement entre une machine d'origine documentée et un exemplaire remonté. Regardez les ventes aux enchères récentes et les annonces d'un spécialiste avant de négocier.
La Triumph Bonneville T120 moderne (2016)
La T120 actuelle reprend le nom et l'allure, rien de plus. Voici ce qu'il faut savoir si vous croisez une annonce récente.
- Moteur : bicylindre de 1 200 cm³, refroidi par liquide, 270° de vilebrequin, 80 ch à 6 550 tr/min, 105 Nm.
- Poids et hauteur de selle : 224 kg en ordre de marche et 785 mm.
- Équipement : ride-by-wire, deux modes de conduite, antipatinage débrayable, ABS, éclairage à LED.
- Prix de lancement : 11 900 € en mars 2016 pour la version Black.
- Entretien : intervalle de 10 000 km.
Cette moto se juge comme n'importe quelle moto récente : historique d'entretien, kilométrage, état des pneus. Elle n'a pas sa place dans une démarche de collection.
Faire rouler une T120 ancienne : à quoi s'attendre
La T120 de 1961 essayée par Motomag décrit une moto vive à bas régime, facile à manier à basse vitesse, avec une position de conduite droite et confortable. Elle demande un rituel de démarrage : kick, amorçage des carburateurs, pas de clé de contact. L'autonomie atteint environ 350 km entre deux pleins.
En ville, le même essai la juge peu à l'aise. Les freins, la boîte et la charge électrique y pèsent plus que sur route. Une balade en vallée de Chevreuse ou en Seine-et-Marne lui convient mieux qu'un périphérique à l'heure de pointe.
Avant de partir, vérifiez le niveau d'huile, la tension de la chaîne et l'état des câbles de frein. Ces trois contrôles prennent cinq minutes et évitent la majorité des pannes de route.
Image : John Robert McPherson, CC0 (recadrée), via Wikimedia Commons
